Dernière mise à jour :  16 octobre 2017

(1695-1833) Enracinement

Avec l’arrivée à Trois-Rivières de François Frigon dit Lespagnol en 1665 et son mariage en 1670, commence l’enracinement des Frigon en Batiscanie. À partir de la deuxième génération, la permanence est assurée par Jean-François, du côté des garçons, et par Françoise, Madeleine et Jeanne du côté des filles. Louise et Antoine n'ont pas eut de descendance.

 

 

JEAN FRANÇOIS FRIGON (c. 1674-c. 1752)

 

Une première union avec Madeleine Moreau

Le 8 février 1700, à Batiscan, Jean-François épouse Madeleine Moreau, fille de Jean Moreau, un voisin. De cette union naissent cinq enfants, mais le patronyme Frigon fut sauvegardé pour une génération seulement:

  • François qui épousa Marie Jeanne Deshaies et eut cinq filles et une nombreuse descendance1;
  • Claude et Marie Jeanne Leblanc se marièrent mais n’eurent pas de descendance;
  • Marie Josephe qui épousa, le 18 novembre 1734, Augustin Lesieur. Ils vécurent à Yamachiche et eurent un garçon, décédé à 1 an, et six filles qui eurent de nombreuses descendances;
  • Madeleine qui devint religieuse chez les Ursulines de Trois-Rivières. À son décès, soeur Saint-Joachim reçu un bel éloge funèbre de sa communauté. 
  • Charlotte qui épousa Louis Lesieur et vécurent à Yamachiche. Aucune descendance

Une deuxième union avec Gertrude Peros

Le 4 juin 1715, à Sainte-Anne-de-la-Pérade, Jean-François épouse en secondes noces Gertrude Peros. Ils auront dix enfants.

  • L’ainé, Antoine se maria avec Marie Anne Trottier. Ils vécurent à Ste-Geneviève et eurent une nombreuse descendance de leurs dix enfants dont trois garçons2, Antoine, Augustin et Joseph perpétuèrent le patronyme Frigon dans la région de Batiscan, et après 1850, dans les autres régions du Québec, les autres provinces au Canada, plusieurs états américains et l'Australie.
    Les filles ont laissé une descendance aux familles Rivard et Massicotte;
  • Louis demeura célibataire. Il fit son premier voyage de traite à 21 ans et à 31 ans il engageait des voyageurs ; il vécu à Montréal comme négociant en fourrures, son commerce étant sur la rue St-Paul, voir fragments généalogiques;
  • Françoise épousa Jean Baptiste Lafond et fit baptiser deux mois plus tard; ils vécurent à Batiscan et Ste-Geneviève-de-Batiscan et eurent six enfants;
  • Pierre épousa Charlotte Rivard dit Maisonville. Ils vécurent à Batiscan et eurent six enfants dont seules quatre filles survécurent, laissant une descendance aux familles Dacier, L'Heureux, Toupin et Déry;
  • Gertrude, mariée avec Pierre Marchand, maître marteleur aux Forges du Saint-Maurice3 avant de s’établirent à Berthier-sur-Mer;
  • Thérèse, épousa Ignace Lefebvre dit Denoncourt, puis Jean-Marie Giroux. Nous ne connaissons aucune descendance à ces unions;
  • Louise, maria Jean Baptiste Delorme, maître fondeur aux Forges du Saint-Maurice3 avant de s’établirent à Trois-Rivières. Le plus jeune de ses enfants immigra en Illinois à l'âge de 20ans, se maria au Missouri à 30 ans et s'établit à Cahokia en Illinois; 
  • Geneviève, maria en 1756 Simon Bélisle, armurier et ils vécurent à Trois-Rivières;
  • Joseph Marie Frigon, ne semble pas s'être marié et serait décédé en 1764, à l'âge de 34 ans, Source non validée;
  • Enfin, le cadet, Paul épousa Ursule Lefebvre. Ils vécurent à Sainte-Anne-de-la-Pérade et eurent treize enfants dont quatre de leurs garçons4, Paul, Louis, Pierre Olivier et Joseph perpétuèrent, à partir de 1797, le patronyme Frigon dans le secteur de Louiseville et Maskinongé et, plus tard, à l’étranger. Ils eurent des descendances nombreuses.

Quelques semaines avant son premier mariage, Jean-François acquiert d’Antoine Trottier, pour 2000 livres, une « habitation » à Batiscan. Le 21 juin 1706, il acquiert une concession à Saint-Pierre-les-Becquets. Au printemps 1708, il abandonne au profit des héritiers de Trottier, sa terre de Batiscan. Le 18 mars 1710, François Frigon « se donne » à son fils et Jean-François hérite ainsi de la terre familiale. Son frère Antoine, qui semble souffrir de déficience physique ou intellectuelle, ne peut plus compter sur son père et « se donne » à son frère. Cette donation comprend la concession qu’il a acquise à Saint-Pierre-les-Becquets. Il se garde toutefois le droit de séjour. Jean-François gardera ses deux terres de l’autre côté du fleuve, jusqu’en 1714, alors qu’il en vend une à Damien Thiffault.

 

Jean-François a aussi été actif dans la traite des fourrures. Il accompagne son père en 1695 dans un voyage aux Outaouais. En 1701, il est à Détroit avec Lamothe Cadillac. Il signe aussi des contrats de traite au moins pour les années 1702 1704, et 1705. Nous n’avons pas trouvé de contrats d’engagement pour les années 1700 et 1703. L’explication pourrait être qu’en janvier 1700, il se mariait. Situation peu propice aux voyages de traite. En 1703, naissait Claude, en juillet, soit durant la période des engagements pour Détroit. A-t-il choisi de rester chez lui ? Y a-t-il eu un voyage à Détroit cette année-là ? La question est ouverte. Mais il fit de nouveaux voyages par la suite, son dernier en 1716 avec son beau-frère Mathurin Rivard et Nicolas Rivard.

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  1. Pour plus de détails et pour les sources, consultez « Chronologie des actes des Frigon » sous l'onglet Recherches
  2. L'Association des Familles Frigon a établi qu'il existe, aujourd'hui, sept lignées agnatiques. et que Antoine, Augustin et Joseph sont à l'origine de trois d'entre elles, nommées, lignée de Pierre-Antoine, lignée de Louis-Augustin et lignée de Joseph.
  3. Voir aussi l’article "Les Frigon aux Forges du St-Maurice" sous la rubrique Archives Documents de Robert Frigon
  4. L'Association des Familles Frigon a établi qu'il existe, aujourd'hui, sept lignées agnatiques et que Paul, Louis, Pierre et Joseph sont à l'origine de quatre d'entre elles, nommées, lignée de Paul-Antoine, lignée de Louis-Michel, lignée d'Olivier-Pierre et lignée de Joseph-Marie.

 

MADELEINE FRIGON (c. 1676- ? )

 

Leur deuxième enfant fut baptisé Madeleine et serait né en 1676; elle avait 5 ans au recensement de 1681. Les registres ne font aucune mention de Madeleine avant son mariage avec un soldat, Jean Prime dit Laventure devant une dizaine d’habitants de Batiscan. Ce couple n’a pas eu d’enfant et fut très peu actif dans leur milieu; Jean Prime Laventure est décédé à l’âge de 96 ans à St-Charles-sur-le-Richelieu.

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LOUISE FRIGON (c. 1679-1687)

 

Elle sera suivie de Marie Louise née en 1678, qui est décédée en décembre 1687, âgée de 9 ans (dite Françoise, âgée de 7 ans, dans l'acte signé par le curé, mais le nom de Louise Frigon qui avait 9 ans, n'apparaît plus aux registres alors que celui de Françoise Frigon, qui avait 7 ans, revient plus de 30 fois jusqu'en 1755; Louise Frigon  serait décédée ou aurait pris le prénom de sa sœur, mais, à son mariage en février 1700, Françoise Frigon  est dite avoir 19 ans)

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FRANÇOISE FRIGON (1681-1755)

 

Françoise Frigon épouse Joseph Moreau le même jour que son frère Jean-François lie sa destinée à Madeleine Moreau. Il s’agit d’un mariage double entre fratries. Le couple eut 4 enfants:

  • Joseph Moreau, le premier, meurt à 10 jours d’âge;
  • Marie Joseph Moreau épousa Pierre Deshaies dit St-Cyr; Pierre Deshaies est l’ancêtre de tous les St-Cyr d’Amérique1. Ils s’établirent à Bécancour et eurent dix enfants et une descendance principalement sous les noms de Desrosiers dit Dargis et de Bérard dit Lépine.
  • Françoise Moreau épousa Pierre Lesieur en 1736, ils s’établirent à Yamachiche. Pierre hérita d’une partie de la seigneurie de Yamachiche que son grand-père, Charles Lesieur, procureur fiscal de Batiscan, avait acheté de Pierre Boucher (seigneur de Boucherville et frère de sa belle-mère) en 1702 et que l’épouse de son petit-fils Paul Lesieur vendit peu après le décès de Paul en 1823. Ils eurent six enfants dont deux épousèrent des enfants de Louis Sicard, seigneur du fief de Carufel;
  • Madeleine Moreau épousa un lieutenant de milice à Yamachiche, Maurice Lemaître dit Lalongée.

 

Joseph est décédé vers 1708, lors d’une expédition de traite de fourrures, mais Françoise surviva 46 ans, sans se remarier. Elle vécue à Batiscan, exploitant ses terres, d’un côté ou l’autre du fleuve, mais termina sa vie chez sa fille à Yamachiche.

 

ll serait intéressant d’approfondir le sort des femmes du 18e siècle. Françoise était certainement de celles qui revendiquent leur place au soleil. En effet, les archives ont laissé des traces judiciaires qui laissent croire qu’elle avait un fort tempérament et défendait ses droits.

 

La première trace de ses revendications judiciaires remonte au 8 juin 1705. « Ayant charge et pouvoir de Joseph Moreau son mary assistée de son père François », elle dépose une requête contre leur voisin François Trotain dit St-Surin, notaire à Batiscan, sa femme Jeanne Hardy et leurs filles Geneviève, Marguerite et Charlotte, « pour qu’il fut condamné a faire réparation d’honneur a ladite demanderesse ». On ignore la nature de l’insulte, mais Trotain, en fin notable nie le tout et déclare à la Cour « qu’il dénie avoir dit ni proferé aucune parole insultante contre ladite demanderesse et qu’il la tient pour honneste femme sans estre entachée d’aucune reprehension ». Françoise menace de présenter des témoins qui diront qu’elle a été insultée. La sentence tombe le 8 juin : comme « le deffendeur a recogneü la demanderesse pour estre honnête et femme sans aucun reproche et que la femme et les filles ne lui ont faict aucune injure, les avons mis hors de Cour et de procès. » Ainsi, la cour refuse de juger la cause et le notaire n’encourt aucune condamnation. Toutefois, les parties doivent se partager les frais de cour.

 

À ce sujet, les éditions Leméac ont publié en 1976 un intéressant livre de Robert-Lionel Séguin intitulé L’injure en Nouvelle-France. Contrairement à aujourd’hui, on avait le verbe haut, en ces temps-là! Et la justice était impitoyable pour les injurieux. Trotain s’en est bien tiré, et nul ne sait si l’accusation était fondée.

 

Joseph Moreau s’étant endetté envers le notaire Louis Chamballon, ce dernier le traîne en cour pour se faire payer. Mais voilà, Joseph et Françoise sont en instance de séparation de biens et un juge a ordonné un inventaire de leurs biens. Naturellement, Françoise ne veut pas payer pour les dettes de son mari. Elle demande donc un sursis en attendant que la Cour tranche sur la répartition de leurs biens. Malheureusement pour elle, le 23 novembre 1705 la Cour accorde à Chamballon la saisie des biens familiaux jusqu’à concurrence du montant dû et condamne Moreau aux frais, 45 sols, en plus des frais d’expédition.

 

Concernant la séparation de biens, la Cour accepte, le 25 janvier 1706 que soient entendus les témoins. Le 8 février, les témoins déposent. Le 22 septembre suivant, c’est l’enquête en séparation de biens et le jugement. Elle réclame les 400 livres de dot versées par son père et son frère lors de son mariage, et les intérêts. Somme que Joseph est condamné à lui verser.

 

Le 1er octobre 1706, Joseph se fait concéder une terre de l’autre côté du fleuve, à Saint-Pierre-les-Becquets, par le seigneur Gilles Masson. Le 20 octobre suivant, il se fait concéder une autre dans la même seigneurie.

 

Pour payer ses dettes, joseph Moreau part en voyage de traite. Il meurt en expédition entre le 20 octobre 1706 et avril 17092. Le 15 avril 1709, assignée à la cour pour les dettes de son mari décédé, elle fait défaut de comparaître. Le 22 avril suivant, elle est en cour. Gatineau prétend que Joseph Moreau doit 1500 livres à la succession de son père pour une terre qui n’aurait pas été payée. Françoise soutient que la requête est non recevable. En effet, Timothé Josson, de qui son défunt mari a acquis cette terre, a payé à Gatineau 900 livres pour l’acquérir. Françoise exhibe la quittance faite à Josson. Les titres sont clairs. La terre a été payée. La cour déboute Gatineau.

 

Le 27 mai 1721, Françoise vend une habitation à Pierre Brisson, dans la seigneurie de Saint-Pierre. Mais voilà qu’elle le traîne en cour pour réclamer 120 des 150 livres qu’il n’a pas encore payées. Cause compliquée impliquant des questions d’héritage. Le 31 août 1722, la sentence oblige Françoise d’attendre l’âge majeur des enfants de Jean Moreau et qu’ils ratifient la vente à Brisson avant qu’elle soit payée.

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  1. D’après les recherches de Robert Frigon2.
  2. Le 15 avril 1709, Françoise, assignée à comparaître en cour est identifiée comme veuve de Joseph Moreau.

 

JEANNE FRIGON (1683- ? )

 

Ensuite nait Jeanne, le 14 septembre 1683 et baptisée le lendemain. Jeanne faisait le blanchiment des linges de la fabrique selon les comptes des dépenses1 des marguillers. Elle épousa Mathurin Rivard dit Feuilleverte, veuf de Françoise Trottier. Le contrat fut signé devant vingt-deux témoins, alors que, le lendemain, on rapporte seulement cinq témoins au mariage religieux; Est-ce signe des temps ou est-ce que le curé ne listait pas tout le monde présent? Ce couple eut 6 enfants dont seuls deux se marièrent, soit Jean-Baptiste avec Geneviève Lefebvre et Marie Joseph Rivard avec Pierre Trottier dit Labissonnière et eurent chacun une nombreuse descendance. Mathurin et son cousin Nicolas Rivard furent les deux habitants de Batiscan qui firent le plus de voyage de traite aux Illinois entre 1685 et 1716, soit un aux deux ans, en moyenne.

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  1. « La vie misérable d’un colon des premiers Temps » par Raymond Douville, Édition du Bien Public, page 28

 

ANTOINE FRIGON (1685-1712)

 

Le dernier enfant de François et Marie-Claude fut Antoine, né le 27 juillet 1685 et baptisé le lendemain devant ses parents, le parrain, son grand frère Jean-François âgé de 11 ans et la marraine, Marie Lafond, une voisine âgée de 14 ans. On pense qu’Antoine était de santé fragile ou infirme. En effet en mars 1710, il «se donne» à son frère et à sa belle-soeur (Jean-François et Marie-Madeleine Moreau), « vu son incommodité »1. Il semblait même requérir des soins quotidiens. « Cette dite donation ainsi faite par ledit donateur à ses frère et belle-soeur pour reconnaître et récompenser yceux donataires des bons et utiles secours qu'ils lui ont toujours rendus et qu’ils lui continuent journellement… » 

 


  1. Incommodité: « une manière de maladie qui ne retient pas au lit, mais qui fait souffrir quelque douleur, ou qui empêche d’agir ». Furetière, Antoine, Essai d’un dictionnaire universel, Paris, 1684.

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